54. DRAMO - Lève-toi, Guerrier.png

illustration colorisée et optimisée par Clément Lieven, alias Messire_Lie

C’était une nuit d’orage, une belle nuit, terrifiante et tonitruante qui se déclarait en Cysgod. Les gouttes de la pluie tombaient avec force, se plantant dans les herbes et les arbres morts, de merveilleuses hallebardes d’eau froide.

Une masse sombre évoluait dans cette tempête, sans crainte ni défaillance. La silhouette grimpait peu à peu les marches rustiques d’un tertre isolé, quelque part dans les montagnes de Noxora…

Qui était-ce ?

Quelle importance ?

L’être, coiffé d’un casque rouillé, orné d’un panache déplumé, marchait seul sur cet escalier moussu. Animé d’un désir inconnu. Son armure recevait l’éclat de l’averse, cela ne dérangeait pas son propriétaire. Il était drapé d’un immense manteau de fourrure blanche, salie par le temps et un entretien des plus sommaires. L’être ne semblait pas avoir froid. Pas du tout.

Ce qui intéressait ce personnage, c’était la chose au sommet de ce tertre. Une tombe nue perdue dans les gravats et les rocailles. La terre, depuis longtemps inerte, était recouverte d’un épineux en piteux état.

Une inscription dessus ?

CI-GÎT
ROGAH
Gloire au Vainqueur de l’Atrophié

L’être inclina la tête pour mieux lire la stèle. Aucun intérêt. C’était la dépouille qui importait. Une volute de magie, d’un blanc de brume, ruissela entre les doigts de l’être. L’étincelle s’éleva doucement, puis de petits éclairs commencèrent à apparaître, pour frapper les monticules de terre alentours. La boule se mit à grossir, elle prit de l’ampleur, les éclairs se firent brutaux, violents. Ils zébrèrent la tombe, brisèrent la stèle en fragments de poussière. La terre se souleva, les cailloux explosèrent, volant dans la marée de pluie…

Qui était-ce ?

Un vandale, un pilleur de tombes, quelle importance ?

C’est la dépouille qui importait. Dans un ouragan sifflant, froid et rude comme le solstice d’hiver… il s’éleva. Le cadavre de Rogah, le Vainqueur de l’Atrophié, héros d’un temps jadis, émergea de sa tombe.
Le marionnettiste, ordonnateur de ce triste spectacle, poursuivait son ouvrage. La volute de magie se promenait d’une main à l’autre, et le cadavre lévita pour lui, à quelques mètres du sol en désordre. Rogah n’était plus qu’un corps sans vie. Une dépouille squelettique. Méconnaissable. En un tournemain, usant d’un affreux sortilège, l’être redonna à Rogah son lustre d’autrefois. Son apogée.

Il lui rendit son armure d’os, son manteau en lambeaux, et lui offrit de nouvelles jambes, composées de chair putréfiées… spectrales… Les orbites vides du crâne du Vainqueur de l’Atrophié s’illuminèrent. De petites chandelles s’étaient doucement allumées.

Rogah ne pouvait pas respirer. Pourtant, il se sentait à nouveau vivant. La douleur ne l’avait pas quitté. Il se souvenait de… la guerre. La guerre infinie. La guerre qui tue, enlève, dérobe aux gens de bien. Un frisson de colère naquit dans son coeur de mort. Il n’avait que trop dormi. Soudain, surpris par une immense et fulgurante faiblesse, Rogah s’agenouilla devant son bienfaiteur. Il l’observa sans jugement aucun.

Qui était-ce ?

Quelle importance ?

Serait-ce un guerrier, lui aussi ?

L’être contempla un long moment le cadavre qu’il venait de réveiller. Avec des gestes précautionneux, il s’empara du casque qui masquait son visage. Un visage défiguré. Une balafre profonde, montant du cou jusqu’au sommet du front. Vieux combat. Autre vie. Autre époque. Cela n’évoquait rien dans l’esprit malade du Vainqueur de l’Atrophié.

Rien… une rancoeur ? Une vengeance ?

Non.

De la gratitude. Il devait remercier cette personne. Il sentait, tout au fond de lui, que c’était ce qu’il ferait de mieux, à présent.

« Lève-toi, Guerrier. Nous avons beaucoup à faire. » souffla le Roi-Liche, d’une voix profonde, froide comme la mort.

« Oui, mon Maître. »

 

Direction artistique : Messire_Lie    texte : Frogahkiin

 

DRAMO

DRAMO 6/6 – Le Guerrier – Lève-toi, Guerrier

Image
53. DRAMO - Larmes de Sang (2).png

illustration colorisée et optimisée par Clément Lieven, alias Messire_Lie

Gros. Gras. Énorme. Rogah n’était plus le héros d’autrefois. Un frisson courut dans tous les os épais du Seigneur de Guerre.

Machinalement, le vieil homme-grenouille se passa une main pleine de cals dans sa barbe filandreuse. Il réprima un petit grognement. Son visage, meurtri par les années, toujours marqué par les brûlures des dragons, lui faisait souffrir le martyre. Il cligna de l’œil droit. Seulement le droit. Le gauche était mort depuis longtemps. Tout comme la jambe d’ailleurs. Ce n’était rien. Plus rien d’important pour Rogah.
Jour et nuit, c’était la même rengaine. Le Guerrier restait assis sur son trône de pierre et de fer, au chaud, enveloppé dans son manteau usé. Voilà plusieurs heures qu’il n’avait pas vu un servant passer, une soupière ou un plat quelconque en main. Plusieurs heures… ou bien plusieurs jours.

« Peste… » ronchonna Rogah dans sa barbe.

Pas moyen de se relever. Pas moyen de changer de position. Trop gras. Trop vieux. Son moignon de jambe le lançait dès qu’il esquissait ne serait-ce qu’un soupçon de geste. Il était bien à son aise, cependant, calé dans une jambière de fonte, ornée de dards. Elle lui avait bien servie autrefois, pour tenir une position des heures, sans se fatiguer. Enchaîner les parades sans subir de recul. Il plantait la jambe profondément dans le sol, sa stature et ses dons pour le maniement de la francisque faisaient le reste. Bien longtemps qu’il n’avait plus combattu.

Une larme roula sur la joue boursouflée du Guerrier. Trop longtemps qu’il n’avait pas senti l’ire violente de la guerre. Ce n’était plus lui qui la faisait. Les soldats, les fantassins, les balistaires, ce sont eux qui la faisaient dorénavant, la guerre. Depuis la chute de l’Empire, Rogah n’était plus qu’un général sans armée ni commandement à tenir. Une autre larme coula. Cela lui manquait.

« Vous n’avez besoin de rien, Messire… ? » risqua une petite voix, aux pieds de Rogah.

Le Guerrier inclina à peine le visage. Ce n’était qu’un grouillot. Un vulgaire serviteur qui venait sûrement vérifier que son maître n’était pas mort de vieillesse. Comme ça. Gratuitement. L’âge venant faucher le Guerrier. Il réussirait quelque chose que beaucoup essayèrent, maintes fois, sans succès. Lui prendre la vie. Ce serviteur faisait son travail. Juste son travail. Mais Rogah voulait lui donner un coup de pied au visage. Trop faible. Vieux. Usé. Racorni.

« Disparais, idiot… » grommela-t-il, tâchant de se rendre aussi menaçant que la
pire des bêtes.

Il n’avait plus la force, ni l’énergie pour se battre. Oui. Le panache était encore là. Le serviteur n’avait pas pu blêmir un seul instant, il s’était volatilisé. Prestement. Plus que tout, plus qu’une seule allégeance de vassal à suzerain, Rogah détestait qu’on le surprenne en train de pleurer. Il ne faisait que ça ces derniers temps. Pleurer d’un chagrin silencieux. Tourmenté. Il ne dormait qu’à moitié. Ne rêvait plus. Le sommeil n’était qu’un bref repos avant une nouvelle journée d’ennui. Combien de temps avait-il dormi, la nuit dernière ?Rogah ne s’en rappelait pas. Il ne songeait qu’aux batailles. Les vieilles batailles.

Une silhouette s’approcha doucement, elle marcha sans bruit sur le long tapis gris, déroulé devant le trône… Qui était-ce ? Encore une servante, encore un homme de maison, qu’en savait-il, qui venait s’assurer qu’il n’avait « besoin de rien » ?

Les rhumatismes comprimant ses omoplates, Rogah tâcha de se redresser dans son armure, pour mieux examiner son visiteur. Une pierre roula au fond de son estomac. Elle était revenue.

« Zella ? C’est toi ? »

Zella, Sorcière des Contrées de Morhalt, se tenait devant le trône. C’était une amie de longue date du Guerrier, plus qu’une amie, une sœur adoptive. Combien d’aventures avaient-ils vécu ensemble… ? Une autre larme roula dans les poils de la barbe de Rogah. Il n’en croyait pas ses yeux. Il rêvait éveillé. Sa petite sœur était venue lui rendre visite. Un sourire crispé. Il n’était plus accoutumé à sourire, Rogah. Plus du tout. Sa maigre expression de contentement s’était évanouie… Zella n’était pas dans son état normal.

« Zella… ? »

La femme-écureuil, aussi âgée que le Guerrier, se tenait toute droite, comme à son habitude. Son attitude digne, malicieuse, qui ornait ses traits tendres en revanche, n’était plus. Ses yeux, si clairs, aigus à l’époque, étaient vides. La Sorcière restait bouche bée. Ce n’était vraiment pas naturel.

Elle tendit une main tremblante vers lui. Tremblements. Secousses. Craintes. La peur froide. La terreur. C’est alors que Rogah comprit. L’ombre de son amie n’était pas la sienne… elle était bien plus grande. Hirsute.
Horrible. Des tentacules ondoyaient sur le sol. Des fils sombres semblaient soutenir le sommet du crâne de la pauvre femme-écureuil… une drôle d’essence ténébreuse guidait la main de la Sorcière…

« Pourquoi elle… ? Pourquoi… ? »

L’ombre se fit immense, elle dépassait largement le cadre de la haute porte. Un sourire grimaçant se dessina dans sa masse sombre… les yeux cruels du Mal Absolu regardaient le Guerrier, impuissant, cloué dans son trône, avec avidité.

« Tu es venue… pour me tuer, c’est ça, Zella ? » soupira tristement le Guerrier.

Zella ne répondit rien. Sa bouche béante ne produisait aucun son. Elle se contenta d’avancer lentement, approchant la paume de main du visage de son ami…

« C’est ça hein ? C’est Lui qui te contrôle. Je le sens dans mes os. Il est là. Derrière toi. »

Les yeux sans vie de Zella laissèrent couler quelques larmes. Elle le sentait aussi.

Elle avait parfaitement conscience de ce qu’elle s’apprêtait à faire. Elle n’y pouvait rien. Ce n’était en rien sa faute.

Rogah serra les poings sur les accoudoirs du trône. Il se tenait prêt. Au fond, il ne l’était pas. Il voulait se lever. Combattre. Impossible. Il ne voulait pas. Ne pas risquer. Risquer de blesser, ou pire, de tuer son amie. Le Mal Absolu avait déjà gagné.

« Je ne t’en veux pas mon amie… je ne t’en veux pas. Je suis juste… »

Un serpent d’ombre, dégoulinant de cruauté, s’extirpa de la paume de Zella. Il fit claquer sa mâchoire cauchemardesque à quelques centimètres de Rogah…

« J’ai peur, Zella. »

Lentement, le serpent pénétra dans le crâne de Rogah. Il se faufila dedans, en un bruit de succion désagréable. Une douleur cuisante, plus brûlante que la morsure de mille araignées venimeuses se répandait dans la tête du Guerrier. Il ne hurla pas. Il resta coi. Muet. Souffrance. Morsure. Peur. Terreur. Froid.
Le gros corps, gras, énorme du Guerrier roula. Il glissa du trône, empêtré dans sa propre cape. Sans vie.

Des larmes avaient perlé sur son buste. Des larmes de sang.

Direction artistique : Messire_Lie   texte : Frogahkiin

DRAMO

DRAMO 5/6 – Le Guerrier – Larmes de Sang

Image
52. DRAMO - Dragons

illustration colorisée et optimisée par Clément Lieven, alias Messire_Lie

Un déclic. L’arbalète de poing de Neigi décocha un carreau, petit comme le dard d’un scorpion, mais plus mortel encore. La pointe avait été taillée dans le squelette d’une créature dénommé Roshan, une bête monstrueuse à l’ossature des plus tranchantes.

On ne pouvait trouver meilleure tireuse d’élite que Neigi, à cent lieues à la ronde, dans tout le pays de Cysgod.
Son trait fit mouche, comme à chaque fois, il s’était fiché entre les deux yeux d’un monstrueux dragon d’au moins quinze pieds de haut.

Le reptile s’effondra dans un craquement sinistre. D’un salto arrière gracieux, la femme-renarde s’extirpa du piège, secouant sa longue crinière de cheveux roux. Elle épousseta la cendre qui s’était collée sur son armure légère de plates puis observa les tunnels environnants. La caverne ne sentait en rien l’humidité. Ni même la poussière. Son flair aiguisé lui permit de déceler la présence d’autres dragons dans les parages… ils ne devaient plus traîner ici.

« Rogah ! »

Une intense chaleur vint aux oreilles de la femme-renarde. Elle roula sur le côté. Une fois en sécurité, dans une alcôve de la grotte, elle regardait autour d’elle. Dans l’immense clarté de la colonne de flammes qui venait de surgir, un corps massif en émergea, vomissant des jurons et tapant sur sa cape avec des gestes frénétiques.
Rogah, paré d’une armure lourde d’os et de chitine brune, jeta sa hache et sa masse d’armes dans un coin de la cachette et s’assit près de Neigi, le manteau fumant d’une vapeur âcre… le visage colérique de la Grenouille brûlé sur la tempe gauche.

« Maudites bestioles ! »

« Je t’avais pourtant répété qu’il ne fallait pas les charger de front, Rogah. T’es incorrigible. »

« Ouais… sûrement, je devais penser à autre chose quand tu me l’as expliqué. En attendant.. ouille ! »

Le fier Guerrier pesta violemment. Neigi lui appliquait un onguent de sa fabrication sur le visage, pour soulager la brûlure.

« C’est souverain contre le feu ensorcelé des dragons, idiot, ça te fera du bien. »

« En attendant… j’en ai déjà bousillé trois d’un seul coup, et toi ? »

« C’est pas un concours, tu sais bien. »

« On rigole, Neigi, on rigole, d’accord ? Pas la peine de prendre ça au sérieux. »

La Justicière jeta le linge tâché de suie sur le sol. Elle grommelait pour elle-même. En un cliquetis et quelques gestes soigneux, un nouveau carreau était bien en place dans son arbalète.

« Allez lève-toi, monsieur le rigolo, prends ta hache. On a encore du boulot. »

« Pfah. Un peu que je vais me lever, t’inquiète pas. » souligna Rogah, goguenard.

Rapide comme l’éclair, il s’était extirpé de la cachette, la masse d’armes et la hache prêtes pour le massacre.
Les tunnels étaient loin d’être un lieu adapté pour le combat, les deux héros n’en avaient cure. Rogah fonçait sur leurs proies, les dragons enragés, en tournoyant sur lui-même, infligeant de terribles blessures aux flancs et aux queues des monstrueux reptiles… La hache tranchait, la masse écrasait. Chaque coup donnait au Guerrier un regain de fureur belliqueuse. Il hurlait sa soif de guerre et de combat. Son manège attirait les bêtes vers sa forme alléchante…

Hmmm… un Guerrier gras… enfermé dans son armure… il n’y a plus qu’à sortir l’ouvre-boîtes !

Distraits par cet appétissant adversaire, les dragons ne remarquaient pas la forme silencieuse qui grimpait sur leurs corps… discrète. Dangereuse.
Neigi glissait sur les écailles énormes avec une célérité défiant les ombres, elle ne gaspillait aucun de ses carreaux. Chaque trait faisait mouche. Anéantissant les bêtes avec netteté.

Le Guerrier frappe, fonce et occupe les adversaires. La Justicière se faufile, louvoie et les achève d’un tir d’arbalète.

Ils avançaient rapidement. L’efficacité accompagnait leur exploration des tunnels. Jusqu’à ce qu’ils tombent sur un péril plus grand encore. Un dragon bicéphale.
Les deux têtes reptiliennes observaient les aventuriers, prêts à en découdre.

« Rogah ! Technique Kamikaze ! »

« Entendu, c’est parti pour la TK ! »

Le dragon mutant inspira l’air de la caverne dans ses naseaux quadruples… Rogah attrapa Neigi par la taille, tourbillonna sur place et projeta la femme-renarde dans les airs. Tout devait aller très vite.
Des flammèches s’échappaient des gueules du dragon… Rogah avala une énorme quantité d’air vicié, gonfla les joues et se mit en position. Neigi s’était préparée, adoptant une posture aérodynamique, l’arbalète en joue, elle allait user d’une des nombreuses propriétés de son arme enchantée…

« FUS… RO ! »

Le cri de pouvoir exhalé par le Guerrier propulsa la Justicière dans une spirale de vent. Clac. Son doigt griffu pressa la détente. L’arbalète fût nimbée un bref instant d’une aura verte, le carreau partit comme un trait de lumière, qui se divisa en deux, un pour chaque tête.

Neigi retomba sur le sol de la caverne avec une pirouette maîtrisée. Presque au moment où le dragon bicéphale chuta avec grand fracas.
Le calme revenu, le Guerrier épousseta les cendres collées dans son manteau. La chose faite, il assistait à l’expertise de son amie. Elle examinait les membres gigantesques du monstre en flairant, en trempant parfois ses mains dans les flots de sang noir qui s’écoulaient des plaies.

« Tu penses que c’est un familier du Dracomancien ? » interrogea Rogah, sa voix grave résonnant dans les tunnels.

« Je ne pense pas… ce genre de dragon, comme tout ceux que nous avons occis, n’est pas commun dans la région. Surtout rassemblés dans un seul endroit. L’influence du Dracomancien est évidente mais je ne parviens pas à en déterminer la force. Quelque chose parasite mon flair. »

Les deux ne s’attardèrent pas longtemps dans la tanière du dragon bicéphale. Leur descente dans les entrailles du monde continuait. Les couloirs se rétrécissaient. Ils devaient avancer l’un derrière l’autre. Neigi ouvrait la marche, prête à faire feu.
C’est au bout d’une bonne heure qu’ils touchèrent enfin au but de leur expédition.

Un cristal d’un bleu électrique illuminait la combe où ils avaient débouché. Il était tout petit, à peine plus grand qu’un briquet. La pierre était prodigieuse, elle lévitait à hauteur d’œil, dans les airs, sans aucun lien ni support.

« Voilà ce qui attire les dragons, Rogah. Un morceau du Nexus. Ils raffolent de ce genre de pierre. »

« Qu’est-ce que tu préconises alors… ? » souffla le Guerrier, obnubilé par le pouvoir du cristal. La lumière était si forte qu’elle rebondissait sur leurs armures, les parois et magnifiait chaque détail, d’une belle et sublime teinte bleue.

« Il vaut mieux le détruire. Cela nous évitera de revenir ici. Je ne veux pas exterminer à nouveau une trentaine de dragons, juste pour cette pierre. »

« Si cela ne vous fait rien, j’aurai aussi mon mot à dire… » objecta une mystérieuse voix, dans leur dos.

Rogah et Neigi firent instantanément volte-face. N’importe quel mortel, qu’il fusse bien entraîné ou non, n’aurait pas pu esquiver leur attaque synchronisée. Clac, clac. La Justicière décocha deux carreaux d’appoint sur l’intrus, sans attendre.
Un bras musclé, vigoureux, paré d’un gantelet de plates cramoisies, chassa les projectiles en un geste défiant la célérité. Ce n’était que de vulgaires piqûres d’insecte…
Toujours aussi agile, l’imposant colosse était entièrement ceint d’une armure lourde, d’un rouge éclatant, il para l’attaque désespérée du Guerrier d’un coup de bouclier.

« Modérez vos ardeurs, amis. Je viens m’entremettre avec vous. » poursuivit le ton bas et froid de l’intrus, vibrant au travers de son heaume.

« Révèle ton visage, chevalier, puis nous baisserons nos armes. » répliqua Neigi avec raideur.

Rogah se massa l’avant-bras. Il serra les dents, manquant de cracher sur le sol pour expulser sa frustration. Très peu d’ennemis étaient parvenus à bloquer ses charges. Il continua de serrer ses deux outils mortels entre les doigts, loin d’être prêt à les baisser. Ce chevalier aux trop bonnes manières ne lui disait rien qui vaille…

« Paladin, Madame. J’ai depuis longtemps transcendé la notion de chevalerie. Je sers le… »

« Je me fiche de connaître vos croyances. Dites votre nom sans détour ni futiles politesses. » trancha Neigi, l’arbalète toujours braquée sur le casque du paladin.

Le Guerrier releva un coin des lèvres. La répartie cinglante de sa partenaire était sans failles. Il fut cependant étonné de voir l’intrus se débarrasser de son heaume. C’était un homme-puma, tout aussi grand et costaud que lui. Il avait un regard dur, une expression assurée, claire. Ses yeux fendus lui donnaient une fureur contenue, très fauve, imperturbable.

« Seigneur Ether. Premier Fils de la Maison Lohan. Mes hommages. »

Ether attrapa sa longue cape ouvragée pour effectuer une révérence appuyée, sans quitter ni la Justicière ni le Guerrier du regard.
Un soupçon de méfiance animait toujours les yeux vivaces de la Renarde. Elle rengaina son arbalète enchantée. Sans tenir compte de son compagnon, les mains toujours crispées sur ses armes… les dents serrées…
Rogah percevait un danger, bien logé au fond de ses sens de combattant. La colère montait en lui.

« Qu’es-tu venu faire ici, Paladin ? En quoi ce cristal t’intéresse ? » questionna patiemment Neigi.

« Mon intérêt est d’ordre liturgique. Je suis de l’Ordre Draconique. Mon devoir est de protéger cette pierre au péril de ma vie. Maintenant que je l’ai retrouvée… je dois procéder à certains choix… »

« Tout est clair alors. Fin de la conversation. »

Rogah avait arrêté le paladin au moment opportun. Arrachant le cristal à son lien magique, le Guerrier soupesa la pierre et la lança dans les mains de la Justicière. Il fit tournoyer sa hache entre ses doigts puis se mit en position de combat. Couvrir sa partenaire n’avait jamais été aussi important que maintenant.

« Emmène le cristal le plus loin d’ici, Neigi, cours sans t’arrêter ! » vociféra Rogah, la masse d’arme tendue en direction de la gorge d’Ether.

Elle n’avait pas perdu une seconde. Les ouïes de la Grenouille écoutèrent le son des pas précipités de son amie dans les tunnels avant de s’étouffer dans le silence angoissant… un silence mortel, tissé entre les deux hommes.
Ether conservait un calme olympien.

« Tu es de l’Ordre Draconique, c’est ça, le noble ? Je parierai un millier de piastres que tu es au service du Dracomancien ! Tes intentions sont aussi louables qu’une épidémie de choléra sur les faubourgs de la Vertemarée ! »

Lentement, Ether dégaina une longue épée bâtarde, bardée de runes incandescentes, à la lame aussi noire qu’une nuit d’hiver…

« Tu es sûr de toi, Guerrier. Tu conclus beaucoup de choses. Graves. Lourdes de conséquences. Qui es-tu pour porter de pareils jugements ? » siffla l’homme-puma entre ses crocs.

« Je suis Rogah, le Seigneur de Guerre de Bouquefay, allié de l’Empereur Bohor ! »

« Un servant de l’Empire des Danilels… intéressant… ton nom ne m’évoque rien, mais tu m’intrigues. Viens donc me distraire encore. »

Les deux foncèrent l’un sur l’autre, à corps perdu. Courroucé par cette invective, vexé par l’arrogance de son ennemi, Rogah fracassa le pavois d’Ether d’un coup croisé, hache et masse d’armes. L’écu vola en éclats sous la force de l’impact.
La frappe avait fait reculer le paladin. Il dut reconsidérer la puissance de son adversaire. Jouant de quelques moulinets de lame, il reprit son heaume en mains et observa mieux les parures tribales gravées dans l’armure de Rogah… des blasons de chasseur de dragons… de curieuses glyphes de pouvoir dont il ignorait l’origine.

« Pourquoi… portes-tu ce genre d’accessoires, Chef de Guerre ? Ce n’est pas une parure de militaire Danilois ! »

« Je ne suis pas un militaire, idiot ! Je suis un mercenaire et je n’obéis qu’à ceux qui méritent ma confiance et mon amitié ! »

« Comme c’est touchant. Attaque-moi sans limites. Prouve ta force avec des actes, non avec des mots ! »

C’en était plus qu’assez pour le Seigneur de Guerre. Rogah répondait à la demande de son ennemi. Il enchaîna toutes les passes qu’il connaissait. Frappe d’estoc à la masse, attaque de taille à la hache, coups orbitaux, parades, il encaisse, il endure, il nie la douleur et le sang !
Ether continuait d’assurer cet échange brutal d’une main. Chaque instant, il reconnaissait quelque chose dans la force de ce guerrier inconscient… une chose qu’il avait appris à éliminer.
Rogah parvint à placer une série de coups décisifs. D’un revers de hache, il brisa la garde du paladin, attrapa sa main d’arme et asséna un bon coup de soleret dans le bas-ventre.
Suffoquant, l’homme-puma se dégagea de cette étreinte imprévue. Il planta sa lame un instant dans la roche, dédaignant son ennemi avec un regard assassin.

« Je suis le Vainqueur de l’Atrophié, paladin ! Ne l’oublie jamais ! » hurla Rogah, la sueur faisant luire son visage toujours brûlé.

Vainqueur de l’Atrophié. Tout revint instantanément en mémoire du paladin. L’Atrophié. La corruption noire. Le Mal Absolu logé dans les créatures du Tréfonds. Il se rappela son enseignement fondamental : Toute Engeance du Tréfonds doit être purifiée par le Feu du Dragon. Ceux qui ne servent pas le Feu seront damnés à jamais.

« Cela me serre le cœur, Vainqueur de l’Atrophié. Mais un guerrier valeureux mourra ce soir. » murmura Ether d’une voix triste.

Triste, mais résolu à la tâche qu’il devait accomplir coûte que coûte, le paladin se para de son heaume. Il reprit son arme en main, prêt à anéantir son adversaire à la loyale. Sans faire de cadeau.

Ce fût un massacre. Assoiffés de sang, les deux guerriers entrechoquèrent leurs armes, le fer affrontait le fer. Le fauve affrontait le monstre. Ils n’avaient plus de pitié. Plus de rancune. Juste un ennemi à détruire. À réduire plus bas que terre.
Ether était un maître de la lame longue, il pouvait tenir son ennemi à une bonne distance, tout en le frappant et le blessant cruellement.
Rogah n’était pas en reste, il percutait le paladin à grand renfort de coups martelés, très lourds, difficiles à tenir pour un homme d’armes, même aussi émérite au duel de bretteurs.

Un sifflement. Profitant d’une faiblesse dans le jeu de jambes du Guerrier, Ether parvint à le priver d’une arme. La lame longue trancha net le boulet de la masse d’armes.
Fulminant de rage, Rogah délaissa le manche devenu inutile et décida de libérer toute la force magique qu’il gardait logée au fond de sa gorge. La hache virevolta, le sang coula à flots, tel une spirale de souffrance, elle entailla profondément le casque du paladin. Pour la toute première fois, Ether râla puissamment, terrassé par la douleur. Son heaume tomba en morceaux. Une large balafre défigurait tout son visage.

« FUS RO CROÂ ! »

L’impulsion de voix catapulta le corps du paladin jusqu’à la paroi, il la percuta et retomba sur le sol rocheux, les membres agités de convulsions.
Le duel terminé, Rogah s’approcha, prêt à décapiter son ennemi vaincu d’un unique coup de hache. Il méritait une mort rapide. Sans plus de douleur.

« Tu n’es pas le seul à user des mots de pouvoir… DËY JIR VRE ! »

Bien que cloué au sol, Ether avait sifflé ces paroles sournoises et craché ce cri inattendu d’une traite, la lame noire dirigée vers le Guerrier. Une rafale de vent faucha Rogah. Il s’écroula, muet, pris dans son élan.

Ses paupières étaient soudainement lourdes. Il connut une souffrance inégalée. Le Guerrier avait franchi bien des périls, connu bien des horreurs… mais celle-là, c’était pire que tout.
Dans son délire, ses tourments maladifs, il aperçut la forme décharnée d’Ether, qui se traînait vers la sortie…

Impossible de le poursuivre. La douleur provenait de la jambe… la jambe gauche.

Rogah n’eût pas le choix. Il ne pouvait plus retenir ses larmes. Sa jambe n’était plus qu’un moignon sanguinolent.

Direction artistique : Messire_Lie   texte : Frogahkiin

DRAMO

DRAMO 4/6 – Le Guerrier – Dragons

Image

 

51. DRAMO - Le Vainqueur de l'Atrophié

illustration colorisée et optimisée par Clément Lieven, alias Messire_Lie

Tempête de flammes noires, orage de barbillons ensanglantés, tel était le spectacle qui se déclarait dans les marécages ! Une horrible abomination lévitait, à quelques mètres de l’eau croupie, laissant flotter ses tentacules à la surface, dardant trois têtes hirsutes dans chaque recoin, chaque combe qui pourrait dissimuler sa proie du moment.
L’Atrophié voulait à tout prix débusquer le fou qui l’avait défié. Encore une fois, un être mortel l’avait tiré de sa prison de glaise, pour tenter de l’abattre… et à nouveau, dans l’esprit décharné de l’infâme créature, une idée avait germé. Toujours la même.

Pourquoi cherche-t-on à m’affronter ? Je ne peux être vaincu ! Je suis la Souffrance, le mal qui se loge dans le cœur de tous les hommes et qui vient réclamer son dû : des âmes fraîches !

Le monstre vomissait ces pensées en un flot de paroles incompréhensibles pour les oreilles d’un mortel. Non-loin de là, un guerrier se cachait, pansant ses blessures en silence. Ses ouïes encaissaient une énième fois les vociférations démoniaques de la bête. Voilà maintenant des heures qu’il la combattait sans relâche. Au coucher du soleil, il avait quitté le village où il vivait animé d’une terrible folie : il avait invoqué l’Atrophié, et s’était juré de le terrasser à lui seul.

Son bras musculeux serré dans un garrot improvisé avec un morceau de sa cape, Rogah serra les dents et réprima un râle de douleur quand il retira le dard qui était logé dans son flanc droit. Tout solide qu’il était, l’homme-grenouille avait de nombreuses failles dans son armure de fortune.
Le plastron avait été dangereusement entamé par l’explosion qui s’était produite, lors de l’invocation de l’Atrophié. La pluie de barbillons qui avait suivie fut bien plus amère en comparaison. Ils avaient percé ses braies de cuir et déchiré son pagne de fourrure.
Le Guerrier tâtonna prestement son visage en forme d’œuf. Sa large bouche n’était pas entaillée, malgré le goût du sang qu’il gardait au fond de la gorge. Il avait senti comme une piqûre sur la paupière de l’œil droit, mais tout semblait bien aller. Pour l’instant.

Hargneux, négligeant ses fêlures, le Guerrier se releva, débouchant une flasque qu’il avait conservé dans une poche de sa cape élimée.
D’un trait, Rogah avala tout le liquide rouge vif qui y était dissimulé. Brusquement, un intense frémissement de force et d’endurance se répartit dans tout son corps d’anthrophibie. Une chaleur piquante lui donna l’impression que son buste avait doublé de volume, si bien que le guerrier exhala un souffle rauque. Empoignant son glaive des deux mains, Rogah s’élança au dehors de son trou, faisant fi du péril qui se profilait à l’horizon.

L’Atrophié fit volte-face, il rugit, projeta un cri phénoménal, un hurlement à faire taire une bourrasque et mourir les bêtes sauvages.
Les trois crânes démoniaques de la bête examinèrent la petite silhouette qui fonçait à toute vitesse. Affichant des rictus écœurants, l’Atrophié mobilisa chaque tentacule de son corps pour projeter des dards empoisonnés et des projectiles gorgés des pires miasmes de la création.

Rogah roula dans la boue pour profiter du couvert d’un rocher. Il esquiva un premier projectile, qui explosa dans un fabuleux concert de volutes ténébreuses.
Les effets de la potion permirent au Guerrier d’éviter les assauts du monstre presque sans effort. Quand un tentacule tâchait de le faucher, il bondissait, quand une volée de dards venait l’assaillir, il bondissait plus haut encore !
Déterminé à en finir, Rogah se catapulta en avant, la lame nue. Elle frappa l’un des crânes de la bête. Dans un crissement de rage, l’Atrophié recula, il répliqua en projetant d’autres maléfices.

Les sorts touchèrent le corps de Rogah, mais il ne céda pas. Sa volonté lui permit de nier la douleur qui se logeait profondément en lui. N’écoutant que son cœur de guerrier sauvage, Rogah bondit une seconde fois et fendit le crâne qu’il avait visé d’un bon coup de taille. L’impact qui résonna dans ses bras tonna comme un cri de victoire dans la tête du Guerrier. Il avait touché la bête en un point sensible.

Cependant, cette dernière n’avait nullement l’intention de lui laisser la victoire, d’un coup sournois de tentacule, elle le frappa au ventre et le plaqua sur le sol avec un autre.

Elle cherchait à le noyer, enfonçant les extrémités griffues de ses monstrueux appendices dans son dos, pour le forcer à garder la tête dans le limon.
Rogah inspira les bulles d’air et d’eau, si rares, mais salvatrices, dans la fange du marais. Il s’était longtemps exercé à cette technique, persuadé qu’il l’emporterait toujours sur ses adversaires s’il parvenait à magnifier ses capacités naturelles. Le Guerrier se retint de rire intérieurement, il était en terrain connu. De l’eau, de la boue, des tourbières, il ne lui en fallait pas plus.

Bloquant ses poumons, le Guerrier roula sur le côté, brisant la griffe dans un cri de rage, il se mit à quatre pattes et se propulsa en avant. L’Atrophié n’avait ressenti aucune douleur, Rogah en revanche détenait un long fragment d’os profondément planté dans la chair grumeleuse de son dos.
Il était trop tard pour jouer en subtilité. La créature le poursuivait, tentacules au vent, alors le Guerrier se posta bien planté dans ses jambes, sans prévenir.
Comme il l’avait prédit, la bête le survola et fit un large demi-tour, grognant et hurlant tout son soûl.

C’était le moment parfait pour Rogah d’utiliser sa botte secrète. Une seconde, Rogah inspira une pleine bouffée de l’air vicié du marais, deux secondes, il contracta son diaphragme, trois secondes, ses joues étaient gonflées comme deux baudruches prêtes à éclater.
En un éclair, il exhala une percutante onde sonore qui envoya valser l’Atrophié contre un saule noueux.

«FUS… RO CROÂ !»

Épuisé par son cri de pouvoir, Rogah cracha dans l’eau, remit la main sur son glaive et reprit sa charge furieuse. Les trois crânes de la bête étaient encore sonnés par l’assaut vocal de la Grenouille, il devait donc mettre un point d’orgue à ce duel.
Un bond. Les faces rageuses de l’Atrophié stupéfaites. Un coup. Le glaive frappe fort, mais juste.
Désarçonné, subissant d’une traite toutes les douleurs des frappes encaissées, le Guerrier se cramponna à la garde de son arme, fermement enfoncée dans le crâne central de la bête. Un liquide acide s’en extirpait à flots, il frappa le côté gauche de la figure de Rogah. Il garda les yeux ouverts et ouvrit la bouche, il hurla à nouveau, libérant un cri de rage pour se donner courage.

Non… je ne peux être vaincu, Guerrier ! Si je meurs, alors tu périras avec moi !

Les borborygmes dérangés de la créature suffirent à ramener Rogah à la raison. Ou plutôt à l’instinct de survie. Il vit dans la lueur soudain intense dans les orbites de la bête qu’elle ne mentait pas. Le cartilage sombre se craquelait rapidement, libérant une épaisse vapeur noire. Le corps encore lévitant du monstre sifflait et crachait une substance peu rassurante.
Le Guerrier délaissa son glaive et échappa de justesse à la déflagration empoisonnée qui se produisit. L’Atrophié venait d’exploser dans une épaisse volute noire et mauve, corrosive, qui brûla quelques saules au passage.

Rogah s’était propulsé le plus loin possible de son adversaire, désormais vaincu, sans regarder, déterminé à survivre. Sa tête ronde épousa brièvement le souffle humide de la pluie battante, avant de heurter violemment la surface froide, rocheuse qui l’attendait plus bas.
Il perdit connaissance.

Deux bonnes baffes le réveillèrent. Ses blessures se ranimèrent en même temps. Rogah râla avec force. Il sentait des mains familières le soulever, pour l’asseoir dans la boue du marais…
Il ouvrit péniblement les paupières. Le visage de rapace de Bohor l’observait avec une anxiété notoire… ses cheveux de plume tombaient devant son visage, son bec s’entrouvrait doucement, il lui parlait. Rogah ne comprit pas tout de suite, des acouphènes l’empêchait d’entendre quoi que ce soit.
La main gantée de cuir de son ami lui désigna un immense cratère, d’au moins douze pieds de long. C’était là que l’Atrophié avait péri.

«Tu y es arrivé, Rogah ! Tu l’as battu !» déclama fièrement Bohor, la voix un peu tremblante.

«Je… quoi ?»

Le Guerrier n’en revenait pas. Il avait la voix enrouée, comme après avoir englouti une bonne barrique de la meilleure bière de Hugo, le meilleur tavernier des Danilels.

«Tu l’as vaincu ! Tu l’as fait, mon ami, tu as vaincu l’Atrophié à toi tout seul !»

Non sans pousser d’autres cris de douleur, Rogah tenta de se poster sur ses jambes. Bohor passa son bras par-dessus ses solides épaules et l’accompagna… il l’emmena voir le cratère de plus près. Le Guerrier ne put s’empêcher de faire un trait d’humour…

«Ouais mon pote, j’ai encore fait tout le boulot en solo ! Hahaha !»

Direction artistique : Messire_Lie  Texte : Frogahkiin

DRAMO

DRAMO 3/6 -Le Guerrier – Le Vainqueur de l’Atrophié

Image
50. DRAMO - Pêcheur mais pas Pigeon !

illustration colorisée et optimisée par Clément Lieven, aka Messire_Lie

«Je ne vois vraiment pas pourquoi tu t’obstines à pratiquer…»

Un cri de rage batracien interrompit Bohor, jeune homme-aigle occupé à polir son épée, avec une petite pierre d’aiguisage, au bord du lac. Il leva ses yeux noirs au ciel quand Rogah sautilla sur place comme un dément, faisant tournoyer une canne à pêche au fil bredouille au-dessus de son crâne. Elle fulminait, la Grenouille, se disait-il.

«Je ne vois vraiment pas pourquoi tu t’obstines à pratiquer ce sport… étant donné que tu le détestes.» ironisa Bohor d’une voix forte, pour couvrir les râles de son ami.

Dans un craquement sec, avec un grognement sourd, Rogah brisa le manche de sa canne et en récupéra le fil. Il partit d’un pas décidé vers la futaie la plus proche.
Bohor posa son arme par terre. Il voulait observer son meilleur ami à sa tâche ridicule, un sourire léger au bec. Rogah, seulement vêtu d’un pagne de fourrure, fit jouer ses muscles gras contre un arbrisseau et l’arracha avec un «Humf !». D’un œil bassement expert, il examina la largeur de la branche -beaucoup trop grosse pour une canne à pêche convenable… – et la compara avec le fil.
Satisfait, il revint, armé de son nouvel outil, prêt à affronter les poissons du lac Cyro.
Enfin calmé, le jeune homme-grenouille se passa une main dans les rares cheveux qui ornaient son chef, posa son énorme séant sur son rocher favori et lança la ligne à l’eau. Lassé par cette mauvaise foi légendaire, Bohor s’empara d’un petit livre qu’il gardait toujours dans la poche de sa chemise de voyage. Le jeune notable du village de Pierreleste était déterminé à tout prendre en notes. Y compris le comportement binaire de son ami le plus proche.

«Il irait bien plus vite s’il allait se mettre à l’eau. Pour capturer le poisson à mains nues.» dit une voix nasillarde.

Bohor se détourna un bref instant de son carnet de notes. Cette brimade pleine d’humour appartenait à Aclop, un protecteur du village, à l’arc bien tendu et la langue bien pendue !

«Salut Aclop. Une bonne journée ?»

«Ouais… meilleure que celle de Rogah… non mais regarde-le !» ponctua l’homme-ornithorynque dans un rire étouffé.

Maintenant, Rogah était en train de pester sur sa prise. Il fit tournoyer une nouvelle fois sa «canne» à pêche. Le fil se brisa et envoya valser quelque chose en l’air. Les deux compères, habitués, inclinèrent leurs corps sur le côté pour laisser choir la chaussure pleine d’algues et de vase qui manqua de leur arriver en pleine figure.
Une fois n’est pas coutume, le bougre arracha le fil et cassa la branche épaisse sur son genou.

«Assez ! J’en ai marre ! Je HAIS ce sport idiot ! »

Un sourire malicieux s’étala sur le long bec plat d’Aclop. Il s’avança vers le bord de l’eau. Alors que Rogah poursuivait de bondir sur place, piétiner et arracher les touffes d’herbes folles avec colère, l’homme-ornithorynque ramassa le fil et l’accrocha aux plumes d’une de ses flèches.
D’un œil sûr, la main assurée bandait la corde de l’arc avec précision. Puis Aclop relâcha. Dans un sifflement, le trait entra dans l’eau claire. De belles ondes apparurent à la surface.

Après avoir touché sa cible, Aclop dévida la ficelle en regardant son ami. La flèche avait percé une belle truite en plein dans son ventre. Il tendit la prise à Rogah en éclatant de rire.

«Ah ça va ! Faire le marsouin avec ton arc, ça, tu sais bien le faire ! C’est bien la seule chose que tu sais faire d’ailleurs !» grogna l’homme-grenouille sur Aclop, écroulé au sol d’une franche rigolade.

Bohor se régalait de ce spectacle quotidien. Il ne pouvait s’empêcher d’admirer le talent invétéré de ses amis pour toujours reproduire le même cirque. L’un trop maladroit et l’autre touché par les dons multiples, se chamaillant comme des enfants de huit ans.
Une petite sonnerie retentit au fond de sa poche. Bohor s’empara de la montre à gousset qui s’y cachait. Dix-huit heures. Il contempla le soleil couchant avec inquiétude.
Pendant ce temps, Rogah essayait de faire manger de force le poisson à Aclop, en le plaquant dans les herbes hautes.

«Les amis, vous devriez faire moins de bruit… il est tard, vous allez attirer les…»

Un grognement acheva la recommandation de Bohor tout net. Ce qu’il redoutait le plus venait de se produire.
Une horde de zombies, squelettes et autres monstruosités de la nuit venait de ramper vers leur petit groupe, profitant du crépuscule naissant pour débuter la chasse.
Conservant son sang-froid, l’homme-aigle ramassa son épée longue et se tint en posture de combat. Il reculait doucement vers ses deux comparses, dix, douze, il comptait chaque créature qu’ils devraient affronter sous peu, quinze, vingt-six ! Vingt-six morts-vivants ! La chose n’était pas naturelle !

«… les zombies ! Ho ! On se réveille, les gars !» déclama le notable d’une voix sûre, mais commandante.

Ni une ni deux, Aclop tira une flèche de son carquois et arma son arc. Il ne savait pas sur quelle cible tirer. Les morts-vivants étaient très nombreux. Trop nombreux. Rogah ramassa la moitié du branchage dont il s’était servi, il était assez épais pour fracasser les crânes de ces horreurs… Sans réfléchir, il s’élança.
D’un coup d’épaule, Bohor l’en dissuada.

«Tu es complètement fou la Grenouille ?! On ne charge jamais les zombies de front !»

«Au diable la stratégie Bohor ! Soit on fonce dedans, soit on finit dévorés sur place !»

Bohor lança un regard courroucé à son compagnon d’infortune. Ses cris ne faisaient qu’exciter les morts-vivants davantage.

«On se calme. On respire. Cette prolifération de zombies m’inquiète. Ce n’est pas commun. Nous devons nous organiser. Tenir nos arrières.» assura Bohor.

«Moi je veux bien… mais va falloir me donner rapidement une cible, Bobo ! Ils se rapprochent !» siffla Aclop entre ses dents.

«Je vais t’en donner des cibles moi ! Tiens-toi prêt !»

D’une bourrade bien placée, Rogah écarta le bras inquisiteur de Bohor et se précipita vers la horde, son gourdin bien en main. D’une frappe, il catapulta la tête décharnée d’un zombie dans les airs, d’une autre, il fracassa le crâne d’un squelette archer et d’un coup de langue dégoulinante, il repoussa une étrangeté verte qui menaçait de lui exploser au nez.
Bohor cracha un juron mais ne se fit pas prier pour couvrir son ami présomptueux. Son style différait totalement. Il enchaînait des passes d’escrime bien coordonnées, pour frapper les morts-vivants tout en les faisant reculer. Aclop fût soulagé, le passage étant dégagé, il pouvait décocher des traits dans les créatures plus distantes, en particulier celles qui brandissaient un arc ou une arbalète de fortune.

Les trois prenaient des coups mais ils tenaient bon. Ce n’était que de simples éraflures.
Toujours aussi inquiet, Bohor resta un instant en arrière et laissa Rogah gérer la mêlée tout seul. Sur une petite butte de terre, il examina la horde. Les morts-vivants convergeaient uniquement vers leur petit groupe. Plus étrange encore, ils semblaient très faibles pour des créatures de la nuit, plus faibles qu’usuellement cependant. Comme si elles venaient de sortir de leurs combes pour la première fois…
Une chose, dans l’ombre du crépuscule, n’échappa pas à l’œil perçant de Bohor. Une silhouette progressait au milieu de la horde, entourée d’une petite cohorte de squelettes…
D’un saut, Bohor reprenait sa position. Il donnait ses instructions tout en combattant les ennemis qui approchaient.

«Quelqu’un contrôle cette horde ! Il marche dans notre direction !»

«Je peux le toucher d’ici ?» questionna Aclop en jouant avec la corde de son arc.

«Non ! Il est protégé par une douzaine de squelettes ! Rogah ! Dégage-moi la route jusqu’à notre adversaire !»

«Y’a qu’à demander !»

Les zombies furent bousculés par le gourdin manipulé avec brutalité par l’homme-grenouille. Il encaissa de nombreuses morsures et griffures sans broncher. Rogah criait, non pas de douleur, mais d’une ferveur incroyablement stimulante. Les crânes volaient, les morceaux de chair, de bras, de jambes voltigeaient.
Il approcha enfin ce que Bohor avait décrit. Une silhouette ténébreuse entourée d’une petite troupe de squelettes.

«Allez, les copines, c’est le moment pour vous de compter vos côtes !»

Rogah brandit sa massue. Mais une chose vint distraire son mouvement. Elle lévitait sur le sol, surgissant de nulle part. Tout ce qu’il vit, c’était un crâne grimaçant, nimbé d’un éclair bleuté.
Après, il était projeté violemment en arrière, abattu de plein fouet par un sortilège craché par le crâne souriant.
Usant de la ceinture du pagne de son compagnon, Aclop s’efforçait de relever Rogah, dont le torse était brûlé, tout fumant d’une vapeur noirâtre. Le responsable de cette passe ensorcelée se révéla.
Les squelettes de l’escorte s’écartèrent pour laisser passer leur maître. Il portait un pantalon de cuir élimé par endroits, rapiécé, avec une écharpe de tissu comportant des traces de sang et des petits crânes de rats accrochés sur le rebord. Son torse, tout comme son visage, était recouvert de plumes beiges et blanches. Le bec était crochu, plus recourbé que celui de Bohor, les yeux étaient d’un noir impénétrables, froncés en une attitude cruelle. Sadique.
C’était un homme-chouette effraie que les trois amis connaissaient bien. Trop bien.

«Isio !» expira Bohor dans un souffle d’étonnement.

Isio dégagea la natte qui tombait sur ses épaules. Il écarquilla chaque doigt griffu de ses mains rachitiques pour faire d’étranges mouvements. Le crâne volant vint tournoyer autour de lui en ricanant. Le son était strident. Insupportable.

«Alors, mes amis, je vous ai manqué ?» susurra-t-il, la voix déformée par des sons discordants, maléfiques.

Bohor s’assura que Rogah était encore valide. Ce dernier se dégagea du soutien apporté par Aclop et secoua la bouche. Quelque chose avait changé chez Isio… il portait un pendentif d’os, qui battait sur son buste. Ce pendentif lui rappela de douloureux souvenirs.

«Isio ! Tu es retourné dans l’Ossuaire Interdit ! Tu avais promis que tu ne toucherais pas à ce pendentif ! Pourquoi as-tu fait ça ?»

«Gnéhéhé… tu sais bien mon cher Bohor… j’ai horreur qu’on me donne des ordres. Tu m’en as donné bien assez ! Et ce pendentif m’a apporté tout ce dont j’avais besoin… du pouvoir ! Du pouvoir pour me venger de vous trois ! Je vais enfin punir les trois «justiciers» du Voile à Roc !»

Dans un rire tonitruant, Isio envoya son crâne voltiger tout autour des trois amis. D’autres zombies apparurent dans un panache de fumée bleue… ils étaient de nouveau encerclés.

«Prenez de la hauteur, vous deux, je vais occuper ces sales monstres !» grogna Rogah.

L’homme-grenouille, bien que dangereusement affaibli par le maléfice, écarta les zombies en se jetant à corps perdu dans leurs rangs. Bohor et Aclop détalèrent, il fallait qu’ils rejoignent à tout prix un endroit surélevé, pour neutraliser le nécromancien d’une bonne flèche dans l’épaule.
Rogah frappa, tournoya sur lui-même. Il occupait le crâne volant en esquivant chacun de ses sortilèges. Isio se moquait de lui, avide et satisfait de voir l’homme-grenouille danser pour lui.

«Alors ? Quelle sensation ça fait d’enfin perdre la face, idiot ? Quand tu seras mort, je me servirai de ton crâne pour nourrir les oiseaux !»

Un feu s’alluma vivement dans le cœur de Rogah. C’en était trop. Tant pis pour la stratégie.
D’une poussée brutale, le jeune fou encaissa une autre passe magique du crâne volant. Sa peau fût entamée. Rogah sentait le sang couler. Il avait la chair à nu. Tant pis. Trop tard. La massue brisa l’horrible face du crâne magique, Isio eût tout juste le temps de bondir en arrière, pour esquiver le corps de Rogah qui aurait pu l’assommer.
Le pauvre bougre s’écroula sur le sol. Les poches de son pagne se vidèrent sur le coup, laissant se dérouler ficelle et bandages usées aux pieds du nécromancien.

« Pauvre pigeon pitoyable ! C’est avec ça que tu…»

D’un seul coup, Rogah avait empoigné la ficelle qui s’était emberlificotée dans les serres de l’homme-chouette effraie. En tirant dessus violemment, Isio chancela, la protection magique du pendentif s’évanouit juste au bon moment. Déconcentré, le nécromancien.
Bohor donna le signal à son camarade. Aclop tira la flèche salvatrice.

Frappé dans l’omoplate, Isio tomba à genoux en crachant du sang.

Rogah se releva avec beaucoup de difficultés, mais le sourire qui écarquillait sa bouche de grenouille pansait toutes les blessures. Il se tint devant le nécromancien vaincu en bombant le torse avec fierté.

«J’suis peut-être un mauvais pêcheur, mais j’suis pas un pigeon !»

Isio expulsa un crachat de sang, il haussa un sourcil et tritura le pendentif entre ses doigts.

«Ce n’est pas fini… Guerrier…»

Sans que Rogah ait eu le temps d’esquisser un mouvement, le nécromancien s’était évanoui dans les ombres, dans un tourbillon de flammes bleues…
Bohor et Aclop accoururent. Le premier était grandement irrité.

«Pourquoi faut-il toujours que tu en fasses des tonnes ? On le tenait enfin Rogah !»

«Il m’a traité de pigeon ! Fallait bien que je balance une bonne phrase ! En plus c’était tellement stylé !»

«Ta mauvaise foi dépasse les limites de l’entendement. Ça va être une horreur pour retrouver sa trace maintenant.»

«Eh, les gars…» dit Aclop avec timidité.

La Grenouille et l’Aigle se retournèrent. Aclop tenait une ficelle entre ses doigts… elle était pendue dans le vide, à l’endroit même où le nécromancien s’était volatilisé, piégée dans une mince faille magique, dans les airs.

«T’es un génie Aclop.» déclara Bohor avec une admiration non dissimulée.

Pour ajouter sa touche personnelle à leur succès, Rogah s’approcha et donna une bonne bourrade dans les omoplates de l’Ornithorynque.

«Ouais mon gars, t’es un génie. Tu pers jamais le fil !»

Les deux autres se lancèrent un regard éloquent…

Direction artistique : Messire_Lie  Texte : Frogahkiin

DRAMO

DRAMO 2/6 – Le Guerrier – Pêcheur mais pas Pigeon !

Image
49. DRAMO - Une Étoile dans les Eaux

illustration colorisée et optimisée par Clément Lieven, aka Messire_Lie

La nuit était belle sur Cysgod. Sur une plage, quelque part au Nord des bayous désolés, les crabes paressaient sans un bruit sous la lune bleue.
Dans le creux des vagues, un curieux vaisseau se dandinait, roulant à chaque clapotis de l’eau. Aussi petit qu’un tonnelet, il était tout rond et d’une vive couleur verte. D’un vert mousse. Forêt ? Hm. Il fait trop noir pour y voir.

L’œuf glissait d’une vague à l’autre, rejoignant peu à peu la grève, sans se soucier d’éventuels prédateurs marins qui pourraient le gober d’un trait, à tout moment ! Non ! L’œuf poursuivait sa course inlassable, jouant avec les vagues et riant du roulis de l’océan.

Finalement, ce paquet insolite s’arrêta dans une lagune, délaissé par la caresse de l’écume. Des crabes s’étonnèrent de voir cet œuf chavirer sur le sable. L’un d’eux frappa la coquille de sa pince. Toc, toc ! Il était drôlement solide !

«Qu’est-ce que c’est ?» interrogea un crustacé.

«C’est un cadeau ! De la nourriture ! Il faut le fendre pour que nous puissions le manger !» s’exclama l’un des plus jeunes, qui claquait des mandibules avec délectation.

«Non. Arrête.» trancha net le plus ancien des crabes, tout en attrapant la pince de son compère trop enhardi.

«Tu ne vois pas que c’est un bébé, petit crabe ? Il attend que sa mère vienne le chercher !» conclut le vieux crabe avec autorité.

Les arthropodes quittèrent le lit humide de l’œuf dans un brouhaha de protestations. Ils allèrent chercher un dîner convenable ailleurs.

Peu avant l’aube, la prédiction du patriarche crabe s’avéra presque vraie. Presque. Une silhouette d’apparence robuste courait avec frénésie le long de la crique. Il avait les yeux globuleux, d’un jaune intense, et une bouche énorme. C’était un homme-grenouille des bayous de Toom, la région la plus reculée de Cysgod.

À son apparence négligée, sa cape de chanvre, ses bottes sales, tout indique qu’il ne roulait pas sur l’or. Mais une joie intense éclaira son visage peu engageant lorsqu’il aperçut l’œuf, logé dans un creux de la lagune.

Rédehk s’empara de l’œuf et le serra contre son torse. Des larmes de joie coulèrent sur les joues bouffies du maraudeur. Elles tombèrent avec délicatesse sur la coquille moussue… qui se fendilla avec des craquements minuscules…
Alarmé, Rédehk reposa l’œuf dans sa couche de sable, pour mieux le regarder éclore.

L’aube pointait à la ligne de l’horizon, en mer. Un petit bébé-tétard pulvérisa la coquille de son poing fragile. Il marcha à quatre pattes dans le sable humide, riant aux éclats quand les crabes fuyaient devant lui.
Le bébé roula sur le côté, il alla heurter les bottines du maraudeur. Ce dernier l’attrapa entre ses doigts tremblants, mais animés d’une douceur sans égale.

«Ro… gah ?» balbutia le bébé, avec des étoiles dans les yeux.

«Rogah ! Oui, mon fils ! Tu t’appelleras Rogah !» s’exclama Rédehk en embrassant le front du bébé.

Ragaillardi, heureux et fier d’avoir rencontré son fils, le maraudeur s’éloigna. Le bébé dans les bras, il allait pouvoir l’élever dans sa nouvelle maison, dans les bayous de Toom.

«Tu seras brave et fort comme Papa.»

Le plus vieux des crabes avait presque raison. Presque.

Direction artistique : Messire_Lie     Texte : Frogahkiin

DRAMO

DRAMO 1/6 – Le Guerrier – Une Étoile dans les Eaux

Image
RITO

[RITO] Mecha Cho’Gath

 

47. Mécha Cho'Gath

SUIS-JE MORT ?

Non ! Je reviens pour vous envahir, moi, mon armée de licornes robots venues du futur et mon MECHA CHO’GATH !

Suite à la réponse d’un admirateur à mon concours qui se déroule ici, j’ai répondu au défi de réaliser la bestiole surgie du Néant en version Mecha… mais pas Battlecast, car il existe déjà sous cette version.

NOTEZ LA PUISSANCE DES LOSANGES ET DES TRIANGLES ET DE LA QUALITÉ PACIFIC RIM !

Venez admirer de nouveau : Rumble Prime Time, Blitzcrank Runique et Taric le Somptueux Yordle !

Standard