54. DRAMO - Lève-toi, Guerrier.png

illustration colorisée et optimisée par Clément Lieven, alias Messire_Lie

C’était une nuit d’orage, une belle nuit, terrifiante et tonitruante qui se déclarait en Cysgod. Les gouttes de la pluie tombaient avec force, se plantant dans les herbes et les arbres morts, de merveilleuses hallebardes d’eau froide.

Une masse sombre évoluait dans cette tempête, sans crainte ni défaillance. La silhouette grimpait peu à peu les marches rustiques d’un tertre isolé, quelque part dans les montagnes de Noxora…

Qui était-ce ?

Quelle importance ?

L’être, coiffé d’un casque rouillé, orné d’un panache déplumé, marchait seul sur cet escalier moussu. Animé d’un désir inconnu. Son armure recevait l’éclat de l’averse, cela ne dérangeait pas son propriétaire. Il était drapé d’un immense manteau de fourrure blanche, salie par le temps et un entretien des plus sommaires. L’être ne semblait pas avoir froid. Pas du tout.

Ce qui intéressait ce personnage, c’était la chose au sommet de ce tertre. Une tombe nue perdue dans les gravats et les rocailles. La terre, depuis longtemps inerte, était recouverte d’un épineux en piteux état.

Une inscription dessus ?

CI-GÎT
ROGAH
Gloire au Vainqueur de l’Atrophié

L’être inclina la tête pour mieux lire la stèle. Aucun intérêt. C’était la dépouille qui importait. Une volute de magie, d’un blanc de brume, ruissela entre les doigts de l’être. L’étincelle s’éleva doucement, puis de petits éclairs commencèrent à apparaître, pour frapper les monticules de terre alentours. La boule se mit à grossir, elle prit de l’ampleur, les éclairs se firent brutaux, violents. Ils zébrèrent la tombe, brisèrent la stèle en fragments de poussière. La terre se souleva, les cailloux explosèrent, volant dans la marée de pluie…

Qui était-ce ?

Un vandale, un pilleur de tombes, quelle importance ?

C’est la dépouille qui importait. Dans un ouragan sifflant, froid et rude comme le solstice d’hiver… il s’éleva. Le cadavre de Rogah, le Vainqueur de l’Atrophié, héros d’un temps jadis, émergea de sa tombe.
Le marionnettiste, ordonnateur de ce triste spectacle, poursuivait son ouvrage. La volute de magie se promenait d’une main à l’autre, et le cadavre lévita pour lui, à quelques mètres du sol en désordre. Rogah n’était plus qu’un corps sans vie. Une dépouille squelettique. Méconnaissable. En un tournemain, usant d’un affreux sortilège, l’être redonna à Rogah son lustre d’autrefois. Son apogée.

Il lui rendit son armure d’os, son manteau en lambeaux, et lui offrit de nouvelles jambes, composées de chair putréfiées… spectrales… Les orbites vides du crâne du Vainqueur de l’Atrophié s’illuminèrent. De petites chandelles s’étaient doucement allumées.

Rogah ne pouvait pas respirer. Pourtant, il se sentait à nouveau vivant. La douleur ne l’avait pas quitté. Il se souvenait de… la guerre. La guerre infinie. La guerre qui tue, enlève, dérobe aux gens de bien. Un frisson de colère naquit dans son coeur de mort. Il n’avait que trop dormi. Soudain, surpris par une immense et fulgurante faiblesse, Rogah s’agenouilla devant son bienfaiteur. Il l’observa sans jugement aucun.

Qui était-ce ?

Quelle importance ?

Serait-ce un guerrier, lui aussi ?

L’être contempla un long moment le cadavre qu’il venait de réveiller. Avec des gestes précautionneux, il s’empara du casque qui masquait son visage. Un visage défiguré. Une balafre profonde, montant du cou jusqu’au sommet du front. Vieux combat. Autre vie. Autre époque. Cela n’évoquait rien dans l’esprit malade du Vainqueur de l’Atrophié.

Rien… une rancoeur ? Une vengeance ?

Non.

De la gratitude. Il devait remercier cette personne. Il sentait, tout au fond de lui, que c’était ce qu’il ferait de mieux, à présent.

« Lève-toi, Guerrier. Nous avons beaucoup à faire. » souffla le Roi-Liche, d’une voix profonde, froide comme la mort.

« Oui, mon Maître. »

 

Direction artistique : Messire_Lie    texte : Frogahkiin

 

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DRAMO

DRAMO 6/6 – Le Guerrier – Lève-toi, Guerrier

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49. DRAMO - Une Étoile dans les Eaux

illustration colorisée et optimisée par Clément Lieven, aka Messire_Lie

La nuit était belle sur Cysgod. Sur une plage, quelque part au Nord des bayous désolés, les crabes paressaient sans un bruit sous la lune bleue.
Dans le creux des vagues, un curieux vaisseau se dandinait, roulant à chaque clapotis de l’eau. Aussi petit qu’un tonnelet, il était tout rond et d’une vive couleur verte. D’un vert mousse. Forêt ? Hm. Il fait trop noir pour y voir.

L’œuf glissait d’une vague à l’autre, rejoignant peu à peu la grève, sans se soucier d’éventuels prédateurs marins qui pourraient le gober d’un trait, à tout moment ! Non ! L’œuf poursuivait sa course inlassable, jouant avec les vagues et riant du roulis de l’océan.

Finalement, ce paquet insolite s’arrêta dans une lagune, délaissé par la caresse de l’écume. Des crabes s’étonnèrent de voir cet œuf chavirer sur le sable. L’un d’eux frappa la coquille de sa pince. Toc, toc ! Il était drôlement solide !

«Qu’est-ce que c’est ?» interrogea un crustacé.

«C’est un cadeau ! De la nourriture ! Il faut le fendre pour que nous puissions le manger !» s’exclama l’un des plus jeunes, qui claquait des mandibules avec délectation.

«Non. Arrête.» trancha net le plus ancien des crabes, tout en attrapant la pince de son compère trop enhardi.

«Tu ne vois pas que c’est un bébé, petit crabe ? Il attend que sa mère vienne le chercher !» conclut le vieux crabe avec autorité.

Les arthropodes quittèrent le lit humide de l’œuf dans un brouhaha de protestations. Ils allèrent chercher un dîner convenable ailleurs.

Peu avant l’aube, la prédiction du patriarche crabe s’avéra presque vraie. Presque. Une silhouette d’apparence robuste courait avec frénésie le long de la crique. Il avait les yeux globuleux, d’un jaune intense, et une bouche énorme. C’était un homme-grenouille des bayous de Toom, la région la plus reculée de Cysgod.

À son apparence négligée, sa cape de chanvre, ses bottes sales, tout indique qu’il ne roulait pas sur l’or. Mais une joie intense éclaira son visage peu engageant lorsqu’il aperçut l’œuf, logé dans un creux de la lagune.

Rédehk s’empara de l’œuf et le serra contre son torse. Des larmes de joie coulèrent sur les joues bouffies du maraudeur. Elles tombèrent avec délicatesse sur la coquille moussue… qui se fendilla avec des craquements minuscules…
Alarmé, Rédehk reposa l’œuf dans sa couche de sable, pour mieux le regarder éclore.

L’aube pointait à la ligne de l’horizon, en mer. Un petit bébé-tétard pulvérisa la coquille de son poing fragile. Il marcha à quatre pattes dans le sable humide, riant aux éclats quand les crabes fuyaient devant lui.
Le bébé roula sur le côté, il alla heurter les bottines du maraudeur. Ce dernier l’attrapa entre ses doigts tremblants, mais animés d’une douceur sans égale.

«Ro… gah ?» balbutia le bébé, avec des étoiles dans les yeux.

«Rogah ! Oui, mon fils ! Tu t’appelleras Rogah !» s’exclama Rédehk en embrassant le front du bébé.

Ragaillardi, heureux et fier d’avoir rencontré son fils, le maraudeur s’éloigna. Le bébé dans les bras, il allait pouvoir l’élever dans sa nouvelle maison, dans les bayous de Toom.

«Tu seras brave et fort comme Papa.»

Le plus vieux des crabes avait presque raison. Presque.

Direction artistique : Messire_Lie     Texte : Frogahkiin

DRAMO

DRAMO 1/6 – Le Guerrier – Une Étoile dans les Eaux

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